top of page

« Ella a pris du poids, Elle doit faire un régime » : le raccourci qui coûte cher aux adolescents

Photo du rédacteur: Lisa Tourlan
Lisa Tourlan
il y a 3 minutes
5 min de lecture
Une adolescente qui est en train de manger des nouilles chinoises avec des baguettes et qui a l'air étonné

Mercredi, 19 h. Ton ado ouvre le frigo, regarde longuement, referme. « Je prendrai juste une salade. »

Et toi, tu es presque soulagée. Elle fait attention. Elle se prend en main, enfin. Tu hoches la tête, tu ne dis rien. Ou pire : tu encourages.

Pourtant, ce geste qui ressemble à de la bonne volonté peut être la première marche d'un escalier que les pédiatres regardent aujourd'hui avec beaucoup d'inquiétude.

Si tu lis cet article, c'est que tu te poses déjà la question: bravo 🤩.

Maintenant voyons ensemble en détail ce qui se passe, sans te faire la leçon.


Le raccourci qu'on a tous dans la tête

« Trop de poids = il faut un régime. »

L'équation est simple, rassurante, et on l'a tous reçue à travers l'éducation. Sauf qu'elle a un défaut de fabrication : le poids seul ne dit pas si une personne va bien. Deux ados avec le même IMC peuvent avoir des profils métaboliques, cardiovasculaires et psychologiques très différents.

Juger la santé d'un ado à la balance, c'est juger une voiture à son poids : tu sais combien elle pèse, tu ne sais pas si les freins marchent ☺️


Un corps en chantier, pas un corps à normaliser

À l'adolescence, le corps est en pleine construction et en plein chamboulement hormonal: croissance, puberté... Les besoins sont élevés, justement, et c'est normal que ton ado mange beaucoup.


Un régime restrictif, c'est demander au corps de continuer à fonctionner à plein "régime" tout en réduisant ses apports en énergie.

Les chercheurs décrivent des carences en fer, en calcium et autres micronutriments, des troubles des règles, une baisse de la densité osseuse. Et le cerveau n'est pas épargné : concentration, compréhension et jugement peuvent en pâtir.


L'effet boomerang

Voici la partie qui retourne les têtes : plusieurs études qui suivent les mêmes jeunes dans le temps montrent que les ados qui font des régimes deviennent des adultes plus à risque de prendre du poids.

Autrement dit, on leur fait faire quelque chose « pour leur bien », qui finalement, à l'âge adulte, aura l'effet inverse de ce qu'on espérait.


Dans la tête : le coût qu'on ne voit pas sur la balance

Le suivi de régimes est associé à une baisse de l'estime de soi, à davantage de symptômes dépressifs, et jusqu'à des comportements suicidaires. Et le lien avec les troubles du comportement alimentaire est particulièrement fort : dans une étude qui a suivi des adolescents dans le temps, ceux qui faisaient des régimes avaient un risque multiplié par 5 à 18 de développer une anorexie ou une boulimie.

Un détail qui compte : les pédiatres pointent tout particulièrement les approches qui classent les aliments en « bons » et « mauvais ». Cette vision en noir et blanc brouille les signaux internes de faim, de satiété et de rassasiement. Un aliment étiqueté « interdit » devient une obsession à manger. Résultat : craquages, culpabilité.

On a fabriqué exactement ce qu'on voulait éviter.


Et surtout, un régime apprend à un ado à se méfier du corps avec lequel il devra vivre toute sa vie. On vient de lui imposer une coloc forcée, à 14 ans.

Pourquoi ils commencent un régime (et ce qu'on a à voir là-dedans)

Au Canada, plus de la moitié des ados ont déjà essayé de perdre du poids avant la fin du collège, alors que la majorité a un poids considéré comme normal. Leur motivation est rarement la santé.


C'est l'insatisfaction corporelle, et l'idée que le corps « idéal » est mince ou musclé, idée soufflée par les réseaux, les copains, la famille et parfois même certains discours de santé publique.

La famille, donc. Nous.


Je ne te dis pas ça pour te faire culpabiliser. On a grandi avec les régimes de saison, les « il faut que je perde trois kilos avant l'été », les « je me suis lâchée ce week-end ». Ton ado a des yeux, des oreilles, et il a tout enregistré. La bonne nouvelle : ce qui s'apprend peut aussi se désapprendre. Il est temps de changer tout ça !


Alors, quoi faire ?

On fait autrement en adoptant un regard différent sur la situation.


La Société Canadienne de Pédiatrie propose de changer de lunettes : ne changeons pas le contenu de l'assiette mais adoptons de nouveaux comportements favorables à la santé plutôt qu'un chiffre sur la balance.


Concrètement : une alimentation variée, régulière et non restrictive ; de l'activité physique pour le plaisir, le lien social et le bien-être plutôt que pour « brûler » ; un sommeil réparateur et de qualité ; une prise en soins de la santé mentale ; et moins de messages centrés sur l'amaigrissement.


Ça peut ressembler à ça, dès cette semaine :


  1. Fais l'inventaire de tes propres phrases. Pendant trois jours, note ce que tu dis devant ton ado sur ton corps, ta bouffe, celle des autres. Pas pour te flageller. Pour voir ce qu'il entend.

  2. Retire les étiquettes à table. Plus de « bon » ou de « mauvais » aliment. Le dessert n'est ni une récompense ni une rançon.

  3. Zéro commentaire sur les corps. Y compris les compliments du type « tu as minci, ça te va bien ». Ils apprennent que le corps est un chantier permanent.

  4. Fais bouger autrement. Un vélo, une danse, une balade avec un copain. Le critère : est-ce qu'il y prend plaisir ?

  5. Si tu t'inquiètes pour sa croissance ou sa santé, parles-en à son médecin ou à son pédiatre. Un avis médical, oui. Un régime bricolé à la maison, non.


💡Les signaux qui doivent t'alerter que ton adolescent fait un régime 💡


Repas sautés, manger à l'écart, éviter les repas partagés, une liste d'aliments « interdits » qui s'allonge, une obsession de la balance ou du miroir, une humeur qui change. Si tu en repères, ouvre la discussion calmement, sans interrogatoire, et rapproche-toi d'un professionnel de santé.


Enlever des poids, pas en ajouter

Dans mon travail, je le répète souvent : je n'aide pas à perdre du poids, j'aide à enlever des poids: les injonctions, la honte, la culpabilité, la guerre contre son corps.

Ton ado en porte déjà plus que tu ne l'imagines. Ton rôle n'est pas de lui faire perdre des kilos. C'est d'éviter qu'on lui en ajoute un de plus sur les épaules.

Et si le premier changement de lunettes, c'était le tien ? Si tu te reconnais dans ces lignes, que tu as toi aussi grandi avec les régimes et que tu veux te regarder autrement, réserve ta séance découverte. On en parle, sans jugement.


Source : Harrison ME, Vandermorris A, Vyver E, et coll. The dangers of dieting in adolescence. Paediatrics & Child Health, 2026 ; 31 : 258-265. doi : 10.1093/pch/pxaf129. Résumé en français : CERIN, brève scientifique du 14/09/2026.

Commentaires


bottom of page